Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 20:21

On parle beaucoup de la solitude qui pousse de nombreux célibataires à s’inscrire sur un site de rencontres. On parle aussi souvent d’une autre solitude, celle des hommes en surnombre sur ces sites qui peuvent rencontrer de réelles difficultés à entrer en contact avec l’autre sexe. Mais il en existe au moins une troisième, de solitude, une qui me touche personnellement souvent lorsque je vagabonde sur des sites de rencontres, celle de me sentir en profond décalage avec la plupart des autres. Décalage intellectuel quand j’y vois le niveau de conversation et de préoccupation des gens en général. Décalage syntaxique lorsque je vois d’innombrables quasi-analphabètes qui peinent à conjuguer le moindre verbe au présent de l’indicatif (dans les rares cas où ils ont quelque chose à dire). Décalage humain quand je mesure le degré d’empathie et de générosité du cyber-célibataire moyen qui a en général autant d’estime pour les autres que j’en ai pour l’emballage carton des yaourts de mon frigidaire. En somme, c’est un décalage intégral qui me fait souvent me sentir seul et qui me jette au visage combien j’ai peu d’affinités avec la majorité des gens.

Je finirais très certainement par me demander si ce n’est pas moi qui ai un problème et par me sentir complètement asocial si je n’avais pas l’occasion de me lancer régulièrement avec d’autres dans des conversations passionnantes, tantôt sur la nature de l’amour, tantôt sur l’exclusivité sexuelle, ou encore sur la part du désir dans le couple. A force de lire des blogs fins et intéressants, et des commentaires souvent tout aussi passionnants, on finirait presque par les considérer comme des étalons de la normalité de la pensée humaine. Aussi ne peut-on que se prendre une claque dans la figure lorsque l’on se confronte à la réalité sur un site de rencontres où on n’est pas loin, par moment, d’avoir l’impression d’être en visite dans un hôpital psychiatrique.

La solitude dans la différence, c’est un sentiment qui me traque particulièrement lorsque je me balade sur certains sites, en particulier JeContacte et Badoo. Cela a beau sembler être de notoriété publique que Badoo est rempli de gens superficiels et stupides, comme je l’ai lu à plusieurs reprises sur des forums, je ne comprends absolument pas pourquoi. D’une part, j’ai toujours trouvé le site particulièrement beau, amusant et agréable à utiliser (voir le test que j’en avais fait). D’autre part, le site s’enorgueillit de centaines de milliers d’inscrits toutes générations confondues rien qu’en France, ce que pour ma part, j’ai toujours effectivement constaté. Et le site est gratuit en utilisation ordinaire, ce qui lui confère une qualité rare.

Mais lorsque je me promène sur les pages des membres, à la recherche d’un profil intéressant, je suis la plupart du temps atterré par ce que j’y vois. A l’image de cette barre de photos d’utilisateurs qui surplombe l’interface de Badoo (appelée la « bannière Spotlight ») et qui en regroupe une dizaine simultanément : un membre peut ainsi faire afficher sa photo accompagnée du petit texte de son choix à toute la communauté du site pendant quelques minutes contre une toute petite somme. Pratique et instantané pour accélérer les rencontres et les échanges. Mais quand on regarde le texte que les membres choisissent de faire s’afficher lorsque l’on survole leur frimousse avec la souris, ça fait peur. A titre d’exemple, j’avais fait à deux reprises il y a un peu plus d’un an une capture de la brochette de messages affichés simultanément (ce n’est donc pas une sélection du « pire » mais juste l’ordinaire) :


Cela vous paraît peut-être drôle mais à moi en situation : moins. Cela ne fait qu’accentuer un sentiment déjà bien établi d’être en « décrochage ». Je n’en suis même plus à avoir envie de trouver les filles avec lesquelles j’ai le plus d’affinités possibles, j’en suis simplement à me demander s’il va être possible de croiser quelqu’un avec qui je vais ne serait-ce que pouvoir parler… Comme si, perdu dans la savane, je n’étais plus amené qu’à croiser des tribus primitives. Le sentiment d’isolement est total, la sensation de solitude étouffante. L’exotisme en moins.

Alors, bien sûr, il m’est arrivé tout de même d’essayer de discuter avec des jeunes femmes qui me semblaient « sortir du lot » (avec tout le relativisme que cela représente), ou de simplement ravaler mes exigences pour tenter de communiquer avec quelqu’un. Mais le déroulement des rares conversations était en général éloquent d’inanité, et cela dès les premières secondes. Et ce n’était pas par faute de n’avoir pas voulu prendre les choses avec légèreté.

Voici quelques exemples de conversations initiées par moi. J’avais abordé une femme de 34 ans qui portait comme pseudo quelque chose comme « FleurBleue » et j’avais rebondi là-dessus :


Il y aurait tant à dire entre son incapacité à s’exprimer correctement, à percevoir le second degré, le hors-sujet de son propos, la contradiction entre la fraîcheur suggérée par le pseudo et l’âpreté du comportement, et les relents pathétiques d’un pseudo féminisme, que je préfère m’abstenir avant que les bras m’en tombent.

J’étais tombé sur le profil d’une jeune femme de 19 ans qui avait publié dans sa galerie d’images quelques dessins et photos de nu d’elle. Toujours sensible à l’expression artistique et à l’érotisme qui font à mes yeux souvent un savoureux mélange, je l’avais contactée :


Ne me dites pas que c’est parce qu’elle est jeune qu’elle pense que « Le Bain turc » d’Ingres ne vaut que par ses qualités esthétiques et son analyse culturelle de l’Orient.

Pour le troisième exemple, j’avais profité du caractère intriguant du pseudo d’une demoiselle pour me laisser aller à un petit délire d’interprétation. Rien ne m’ennuie plus qu’une conversation banale, aussi fais-je tout pour sortir des sentiers battus, le tout étant d’essayer de passer ensemble un moment virtuel amusant :


Loin de moi l’idée de vouloir accuser cette jeune femme de déficience mentale. Mais comme toujours, malgré tout l’optimisme et la légèreté dont j’ai pu essayer de faire preuve, ce n’est qu’un gouffre d’entendement qui s’est présenté devant moi. On pourrait imaginer que je n’ai pas eu de chance, et que quoi que j’aie pu lancer, je me suis heurté à ce qui pourrait n’être qu’une certaine incompréhension. Mais je ne suis pas d’accord. Tout ceci révèle une infinité de choses. La paresse intellectuelle (dans la forme de l’écrit comme dans le fond) en est une. Je crois que dès que l’on tente de sortir d’une conversation météorologique (« Comment ça va ? », « Que fais-tu de beau ? », « Tu n’as pas trop froid, ces derniers temps ? » avec l’orthographe consacrée), cela ne peut que faire ressortir l’incommensurable décalage qui existe entre des gens pour qui écrire une phrase complète de deux lignes sans fautes et réfléchir plus de trois minutes représente l’effort de toute une vie et les autres – qui semblent parfois très rares – et que l’on pourrait considérer comme simplement « normaux ». « Normaux » au sens intelligibles et doués d’un minimum de sens commun. Est-ce moi qui fonde trop d’espoir dans le genre humain ? Ou est-ce que toute une catégorie de la population française a décidé de boycotter les sites de rencontres ?

ARTICLE ORIGINAL de ANADEMA sur: http://www.anadema.fr/2010/la-solitude-dans-la...

Partager cet article
Repost0

commentaires