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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 21:33

Publié le 22-10-2012 à 13h41 - Modifié à 09h03
Par 

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/665648-cinquante-nuances-de-grey-le-livre-a-eviter.html

 

Avec 150.000 exemplaires vendus en deux jours, et quelques 40 millions à travers le monde, le premier volet de la trilogie "Cinquante nuances de Grey" a brillamment débarqué en France. Moi qui croyais qu’on en avait enfin fini avec "Twilight", voilà qu’une fan quasi cinquantenaire s’est lancée dans une suite prétendument érotique de la saga. On lui accordera que les rapports entre Bella et Eward dans la série vampiresque n'ont jamais été très folichons.

 

Après lecture, une seule question : mais pourquoi nous infliger cela? Et n'allez pas me dire que si 40 millions de lecteurs ont acheté ce livre, cela lui confère un gage de qualité. Ce n'est pas parce que 6 millions de spectateurs regardent le film du dimanche soir sur  TF1 que cela en fait un bon film. Les chiffres sont impressionnants, mais ce ne sont que des chiffres. 

 

Or ce livre est un ramassis de clichés sur la sexualité féminine, les rapports sado-maso et dominants/dominés et le paradigme de la princesse et du Prince Charmant.  Pour couronner le tout, les personnages sont sans surprise. 

 

Le faux manuel d’éducation sexuelle 

 

D’abord catalogué comme porno pour maman, ce bouquin a quelque chose d’inquiétant s’il a réellement pour but d’éduquer les femmes – jeunes et moins jeunes – au plaisir sexuel. C’est bien simple, à l’âge de 21 ans, Anastasia est une jeune femme vierge et innocente, qui ne s’est jamais touchée.

 

De cette rencontre avec Christian Grey, un millionnaire séduisant à l’appétit sexuel insatiable et particulier, Anastasia va découvrir l’orgasme. Chose plus surprenante, celui-ci découle de son tout premier rapport sexuel.

 

Alors que certains journalistes parlent de manuel moderne d’éducation sexuelle, il est inquiétant que de jeunes filles inexpérimentées prennent ce livre pour argent comptant. Excusez-nous chers messieurs, mais l’orgasme féminin est un Graal difficile à atteindre.

 

Encore plus quand la jeune femme n’a pas eu la curiosité d’explorer son corps afin de mieux se connaître. Alors faire croire qu’une femme découvre l’orgasme après son tout premier rapport, à l’âge de 21 ans, et qu’à chaque nouvelle fessée, Anastasia réitère l’exploit, c’est dangereux. Enfin, sauf si ces chers messieurs ne s’attendent qu’à se retrouver entre les bras de femmes qui simulent. À vous de voir…

 

Un livre mal écrit

 

Evidemment, pour vous rendre compte que c’est mal écrit, il faudrait le lire. Le livre est rempli de répétitions et de formules grotesques. Dur de croire que certaines lectrices s’en retrouvent émoustiller… À croire que, pour coller à l’ère du "light", entre soda light et yaourt 0%, les femmes d’aujourd’hui ont perdu leur goût et consomment avec une étrange délectation un produit allégé, aussi bien sur le fond que sur la forme.

 

Bon évidemment, si c’est pour être lu dans le métro (et il n’y a rien de mal à cela, qu’on soit bien d’accord), en fermant les yeux, comme on lit le supplément sexo des magazines féminin l’été dans le TGV, alors oui, ça se lit. Mais qu’on n’aille pas dire que les millions de bouquins vendus sont le résultat d’un style littéraire à tomber à la renverse !

 

Une hypermédiatisation étouffante

 

C’est probablement la raison pour laquelle sa marche si bien ! Car du côté de l’histoire, rien de très nouveau, entre fessées et sentiments. Mais comment voulez-vous résister quand partout on peut lire et entendre que c’est l’arrivée du premier roman érotique en France ?

 

Du Marquis de Sade à Macha Méril, en passant par Catherine Millet, ce n’est pas comme si le thème n’avait jamais été abordé. Il faut dire qu’un tel déchaînement médiatique ne s’était plus vu depuis…"Twilight" 

 

Ça tombe bien (ou mal), car la saga est à l’origine de cette trilogie. En effet, pourquoi ne faire qu’un bouquin quand on sait qu’on peut vendre la même soupe chaque année ?

 

Outre-Atlantique, la sauce prend tellement qu’Angelina Jolie veut déjà adapter ce livre sur grand écran et jouer dedans (n'est-elle pas un peu vieille pour jouer le rôle de la jeune étudiante de 21 ans ?). Pareil pour Bret Easton Ellis qui – sur Twittter – déclare vouloir écrire le scénario du film. Autant partir de zéro ! Mais ça ne touche pas que les people… Lors de la campagne présidentielle, un journaliste a eu la bonne idée de demander à Obama quel était le livre que l’on pouvait trouver sur la table de chevet de toutes les femmes américaines.

 

Un livre porno clinique et véhiculant des clichés

 

Le livre a fait sa pub sur le dos de l’érotisme. Pourtant, on en est loin. C’est du porno. Pas chic pour un sou, c’est cru et clinique. À se demander ce qui peut en exciter certaines… Nous sommes loin, très loin, du récit "osé" qu’on nous a vendu.

 

Nous voilà revenus à l’époque de la jeune et frêle princesse qui cherche son prince charmant. Anastasia est une jeune étudiante timide qui va rencontrer Chrisitan Grey, un homme riche (ça semble très important puisque répété tout au long du bouquin), grand, beau et intelligent. Comme tout Prince Charmant, il va sauver la princesse de son quotidien en la délivrant de son donjon (ici, sa virginité).

 

Je vous l’accorde, chez Disney, la princesse pixelisée ne demande pas la fessée à tout va. Mais à part ce détail faussement sado-maso, il s’agit bien du modèle Princesse/Prince Charmant vendu à toutes les petites filles. Pour s’accomplir dans la vie, une jeune fille doit trouver son mentor, son maître, son guide. De préférence, fortuné. Une femme n’est femme que si elle est à ses cotés. Foutaises. Vous l’aurez compris, la jeune Anastasia est totalement admirative face à son bel étalon et lui obéit au doigt et au pénis.

 

Le rapport dominant / dominé

 

Ce livre est basé sur un rapport humain très obsolète, celui du dominant/dominé. Si je dis "obsolète", ce n’est pas parce qu’il n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Bien sur que tous nos rapports humains répondent au schéma dominant/dominé ou bien fort/faible, que cela soit en amour, en amitié, en famille ou au travail. Mais là où je pense que ce livre est daté, c’est que cette relation n’évolue pas, le dominant est éternellement dominant. Le dominé ne peut devenir dominant. Et devinez qui est à la place du dominé ? La femme pardi !

 

Malheureusement pour moi, ce livre est le premier bien épais d'une trilogie... Espérons que ce qui surferont sur ce phénomène auront un peu plus de talent.

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Published by Arlequin - dans Société
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